L’obligation alimentaire envers un parent en maison de retraite ne comporte pas de montant maximum fixé par la loi. Aucun plafond national, aucun barème officiel unique ne s’impose aux départements ni aux juges. Le montant dépend entièrement des ressources et charges de chaque obligé alimentaire, évalué individuellement. Cette absence de plafond légal génère des disparités importantes d’un département à l’autre, et laisse aux familles une marge de contestation souvent sous-exploitée.
Obligation alimentaire en EHPAD : tableau des critères qui déterminent le montant
Puisqu’il n’existe pas de barème national opposable, chaque conseil départemental applique sa propre grille lorsqu’une demande d’aide sociale à l’hébergement (ASH) est déposée. Le montant retenu pour chaque obligé repose sur une évaluation individualisée.
| Critère pris en compte | Ce qui augmente la contribution | Ce qui la diminue ou l’annule |
|---|---|---|
| Revenus nets du foyer de l’obligé | Salaires, pensions, revenus fonciers élevés | Revenus proches du SMIC ou minima sociaux |
| Charges fixes de l’obligé | Peu de charges incompressibles | Loyer élevé, crédit immobilier, pension alimentaire versée à un enfant |
| Nombre de personnes à charge | Aucun enfant à charge | Enfants mineurs, conjoint sans emploi |
| Patrimoine de la personne âgée | Aucune épargne, aucun bien | Épargne mobilisable, bien immobilier vendable |
| Lien familial | Enfant direct | Gendre ou belle-fille (contribution souvent moindre) |
La contribution est calculée séparément pour chaque obligé alimentaire. Un frère ou une soeur qui gagne davantage paiera plus, sans que cela augmente la part des autres. Il n’y a pas de solidarité entre obligés : si l’un d’eux est insolvable, le département ne peut pas reporter sa part sur les autres.

Pourquoi le département peut fixer un montant contestable
Le déclencheur de l’obligation alimentaire dans le cadre d’un placement en EHPAD n’est pas l’entrée en établissement elle-même. C’est la demande d’aide sociale à l’hébergement (ASH) qui active la procédure. Sans dépôt de dossier ASH, le département ne sollicite pas les obligés alimentaires.
Lorsqu’une demande est formulée, le conseil départemental évalue la capacité contributive de chaque obligé sur la base d’un questionnaire de ressources. Le problème : les pratiques varient considérablement d’un département à l’autre.
Certains départements appliquent un pourcentage fixe sur le revenu disponible après déduction d’un « reste à vivre » minimal. D’autres utilisent des barèmes progressifs par tranche. Aucune de ces grilles n’a force de loi, ce qui signifie qu’elles sont toutes contestables devant le juge aux affaires familiales.
Ce que le juge examine en cas de recours
Si vous estimez que le montant fixé par le département est trop élevé, le juge aux affaires familiales peut être saisi. Il procède à sa propre évaluation, indépendante de la grille départementale. Il prend en compte l’ensemble des charges réelles de l’obligé, y compris celles que le département a pu ignorer ou sous-estimer.
Le juge n’est lié par aucun barème départemental. Il peut réduire la contribution à un montant très inférieur, ou accorder une dispense totale si la situation financière de l’obligé le justifie.
Documents précis pour obtenir une baisse ou une dispense de l’obligation alimentaire
Contester un montant jugé excessif suppose de constituer un dossier solide. Les pièces à réunir sont concrètes et vérifiables.
- Avis d’imposition des deux dernières années, qui établit les revenus réels du foyer et permet de corriger les estimations approximatives du département
- Justificatifs de charges fixes : quittances de loyer ou échéancier de prêt immobilier, factures d’énergie, attestation de pension alimentaire versée pour des enfants issus d’une précédente union
- Certificats de scolarité ou attestations de prise en charge pour chaque personne à charge du foyer (enfants, conjoint en situation de handicap)
- Relevés bancaires des trois derniers mois si le département conteste le niveau de charges déclaré
- Tout document médical attestant d’une situation de handicap ou de maladie chronique générant des frais récurrents pour l’obligé lui-même
Ces pièces servent autant dans le cadre d’une contestation amiable auprès du département que dans un recours devant le juge aux affaires familiales.
Cas de dispense prévus par le Code civil
L’article 207 du Code civil prévoit que le juge peut décharger un obligé alimentaire de tout ou partie de sa dette si le parent créancier a lui-même gravement manqué à ses obligations. Un parent déchu de l’autorité parentale ou ayant abandonné son enfant ne peut en principe pas réclamer d’obligation alimentaire.
Depuis la loi « Bien vieillir » du 8 avril 2024, les petits-enfants ne sont plus sollicités dans le cadre de l’ASH. La charge se concentre sur les enfants directs, le conjoint, et selon les cas les gendres et belles-filles. Cette modification réduit le périmètre des personnes potentiellement mises à contribution.

Obligation alimentaire et revenus : quelle part reste réellement prélevée
La plupart des départements préservent un « reste à vivre » pour chaque obligé, c’est-à-dire un montant en dessous duquel la contribution n’est pas exigée. Ce seuil varie, mais il est généralement indexé sur le montant du RSA ou du SMIC.
La contribution porte sur la différence entre les revenus nets du foyer et ce reste à vivre, après déduction des charges incompressibles. En pratique, un obligé dont les revenus couvrent à peine ses propres charges peut voir sa contribution ramenée à zéro.
Pour les familles comptant plusieurs enfants, la répartition se fait au prorata des capacités de chacun. Un enfant au chômage ne paie rien. Un enfant cadre supérieur supporte une part plus lourde. Cette logique de proportionnalité est constante, que l’on soit devant le département ou devant le juge.
Déductibilité fiscale de la pension versée
Les sommes versées au titre de l’obligation alimentaire sont déductibles du revenu imposable de l’obligé, sans plafond spécifique dans le cas d’un ascendant dans le besoin. Cette déduction s’applique à condition que le versement soit justifié par une décision de justice ou une demande d’ASH, et que le parent bénéficiaire déclare symétriquement ces sommes comme revenus.
L’absence de montant maximum légal pour l’obligation alimentaire ne signifie pas que les familles sont démunies face aux demandes des départements. Chaque grille départementale reste une proposition, pas une décision définitive. Le juge aux affaires familiales constitue le recours ultime, et il statue sur la base des charges réelles, pas sur celle d’un barème administratif. Réunir les justificatifs dès la réception du questionnaire de ressources reste la démarche la plus efficace pour faire valoir sa situation.
